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Matrice des capacités

La méthode d'évaluation proposée ici est la méthode utilisant « une matrice des capacités ». Elle fournit une méthode d'évaluation des services écosystémiques rapide et facilement applicable.
Elle présente l'avantage d'être simple et très flexible, et donc intéressante comme outil pédagogique. Elle sera néanmoins toujours moins précise que des méthodes d'évaluations quantitatives.

Description

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Une matrice des capacité est une table croisant, en lignes, la liste des services écosystémiques et, en colonnes, la typologie des écosystèmes comme illustré dans la figure ci-contre.

Les lignes de la matrice permettent de différencier les écosystèmes rendant des services écosystémiques potentiellement différents ou avec des niveaux de fournitures différents.

Chaque cellule de la matrice est remplie avec un score reflétant la capacité à produire un service écosystémique donné (par exemple, un score allant de 0 = non pertinent à 5 = capacité très élevée à fournir le service).

Les scores des cellules peuvent se baser sur des indicateurs ou des modèles biophysiques existants, mais sont plus fréquemment remplis sur base de jugements d'experts.

Il est important d'adapter la liste et la typologie au contexte du territoire et de la question d'étude afin de prendre en compte les objectifs et contraintes du territoire. Ainsi, il peut théoriquement exister autant de matrices qu'il y a de périmètres d'études ou de questions de recherche.

Alors que les évaluations des services écosystémiques se concentrent majoritairement sur un nombre restreint de services, cette méthode permet de prendre en compte l'ensemble des services produits par un écosystème pour autant que cela ait un sens au regard de la typologie des écosystèmes choisis.

Source de l'illustration: Campagne, Carole Sylvie, Leita Tschanz, et Thierry Tatoni. 2016. « Outil d'évaluation et de concertation sur les services écosystémiques: la matrice des capacités ». Sciences Eaux et Territoires, no Hors série 23: 6-p

Public cible, avantages et limites

L'exercice de la matrice a pour objectif principal de sensibiliser l'opinion publique et le monde politique a cette thématique et aux enjeux auxquels elle tente de répondre.

Elle doit être complétée par d'autres approches pour une évaluation intégrée des services et présente des limitations et des simplifications.

Les avantages de l'approche sont les suivants:

  • L'approche est simplifiée et facliement compréhensible. Elle permet une première évaluation des SE.
  • L'approche peut être un outil de communication efficace en raison de sa simplicité.
  • L'approche peut constituer une première étape de travail avant une évaluation plus poussée et peut par exemple servir de grille de priorisation avant d'aller plus loin dans l'évaluation des services prioritaires.
  • Pour certains services, cette approche est la seule approche possible pour produire une cartographie rapide qui ne fasse pas appel à de la modélisation.
  • L'approche convient bien pour des zones d'études importantes (bien que plus la zone d'étude est importante, plus les simplifications et généralisations le seront aussi).

Les limites couramment citées sont les suivantes:

  • L'approche est souvent basée sur des jugements d'experts, et donc dépendante des experts consultés.
  • L'approche part du présupposé que la cartographie d'occupation du sol est un bon proxy pour cartographier les services rendus. Elle ne tient pas compte des différences spatiales (hétérogénéité des conditions abiotiques ou différences de modes de gestion) ou temporelles.
  • La réussite de l'exercice de remplissage va être fort dépendante des choix opérés pour construire la matrice en amont (choix des lignes, choix des colonnes, ...) et de la compréhension des termes par les experts.
  • L'approche proposée ici se limite à la fourniture des services (offre) et n'aborde pas la question des bénéficiaires (demande): qui sont-ils et ou se situent-ils? La réconciliation de l'offre et de la demande peut être faite via un travail supplémentaire d'évaluation de la demande qui n'est pas abordé par la matrice de l'offre.

Objectifs

Une fois la matrice remplie, et pour autant que l'on dispose de données cartographiques de la typologie desécosystèmes choisie, il est possible d'obtenir des cartographies qualitatives des services comme illustré à la figure ci-dessous.

La méthode permet donc une première cartographie basée sur des données qualitatives des zones fournissant d'importantes quantités de SE et de celles en fournissant moins voire pas du tout.

Elle propose une estimation des stocks disponibles c'est-à-dire. de la quantité de SE que chaque catégorie d'occupation du sol peut fournir en son état actuel.

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Cette méthode fait donc partie des modèles d'indicateurs spatiaux qui relient les types d'occupation du sol ou les types d'écosystèmes aux services écosystémiques.

Ces modèles sont très souples et facilement adaptables à différentes sources de données et techniques de modélisation.

Ainsi, cette méthode permet d'évaluer la manière dont les services écosystémiques seront affectés par un plan ou programme qui modifie l'occupation ou l'utilisation du sol et de représenter cette modification spatialement.

Cela nécessite juste d'avoir deux représentations cartographiques de l'utilisation/occupation du sol: l'une au temps t (situation actuelle) et l'autre au temps t+1 après mise en place du plan ou programme et de comparer les deux.

Source de l'illustration: Burkhard, B., et J. Maes. 2017. Mapping Ecosystem Services. Sofia: Pensoft Publishers.

Exercices réalisés en Wallonie

A notre connaissance, deux exercices de matrice des capacités avaient été réalisées en Wallonie avant 2021: il s'agit d'un premier exercice réalisé en 2013 (voir publication Dendoncker2013 à télécharger) d'une part et d'un exercice réalisé sur les écosystèmes forestiers (voir publication Maebe2019 à télécharger).

L'exercice de 2013 était un exercice traditionnel qui liait les occupations du sol aux différents services.

La proposition du second exercice est la suivante:

  • prendre en compte l'hétérogénéité du paysage, au travers de l'inclusion des facteurs abiotiques dans les lignes de la matrice,
  • prendre en compte les activités humaines (modes de gestion) dans les lignes de la matrice.

La prise en compte des facteurs abiotiques et des activités humaines en plus de la typologie de l'occupation du sol est un exercice qui peut très vite devenir fastidieux au vu du nombre de lignes supplémentaires ajoutées, mais cela permet de répondre à certaines critiques souvent opposées à l'approche. Dans le cadre de l'exercice réalisé en 2019, seuls les écosystèmes forestiers ont été analysés et l'exercice a montré des résultats intéressants.

Il a donc été proposé de refaire un exercice similaire pour l'ensemble des écosystèmes wallons en 2021. La prise en compte des facteurs abiotiques s'est faite par un croisement entre les typologies des écosystèmes et les contextes écologiques marginaux.

Le nombre de lignes ainsi généré était déjà très conséquent, il n'a donc pas été possible de prendre en compte les modes de gestion dans l'exercice réalisé en 2021. Ce dernier a néanmoins permis d'obtenir un premier résultat de prise en compte des facteurs abiotiques dans l'évaluation des services écosystémiques.

Les écosystèmes considérés dans l'exercice de 2021 sont les suivants:

colonnes_all

Certaines de ces lignes sont ensuite déclinées sur base des éléments du contexte écologique suivants, et ce dans le but d'identifier par exemple les zones humides, ou les sols superficiels :

o   Sols tourbeux et paratourbeux

o   Sols hydromorphes et sols alluviaux et colluviaux

o   Sols sur fortes pentes

o   Substrats superficiels et autres sols à texture sableuse

La typologie des services (colonnes) caractérisés est reprise ci-dessous:

colonnes_all

Les détails de l'exercice sont présentés dans le document téléchargeable (NVEWallonieII_matcap_v1.0.pdf).

La matrice est également disponible au téléchargement. (MatCap_wallonie_2022.zip)

Une cartographie au format raster des lignes en entrée a été proposée pour publication sur le géoportail.

Exemple

Les exemples d'application de la matrice des capacités sont nombreux.

Nous avons néanmoins pointé un exemple d'application qui nous a paru particulièrement perinent et qui utilise cette approche dans le but de prendre en compte les services écosystémiques dans les évaluations des incidences sur l'environnement.

Ce guide, publié par la DREAL Hauts-de-France et l'INRAE en 2021, présente une méthodologie claire et opérationnelle pour intégrer les services écosystémiques dans les études d'incidences sur l'envrionnement des projets, plans et programmes.

ll s'adresse à tous les acteurs impliqués dans le processus d'évaluation environnementale, maîtres d'ouvrages, bureaux d'étude...

Le guide, sa présentation et le tableur excel qui est utilisés sont téléchargeable sur le site internet dédié.

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